PARCOURS
En me promenant, je prends le pouls de la nature, je l'entends
respirer. Le vent, la pluie, les odeurs stimulent mes sens. Je peins
dans ma tête, je recueille des émotions que je laisse
mûrir en moi avant de les exprimer.
Mon pari est que celui qui regarde la peinture partage mon
émotion. Pour y parvenir, je m'implique toute entière
dans la toile : j'y mets ma tête, mon cœur, mes tripes.
L'utilisation du couteau permet de me lâcher car la peinture au
couteau est un acte d'une extrême violence. Il ne maquille pas la
toile, il la macule, la griffe, la caresse. Le couteau vient s'immiscer
dans la couleur pour que la surface devienne matière en jouant
de la lumière. La dualité naît entre force et
douceur.
Je souhaite que la peinture ouvre sur le rêve, sur un monde
changeant au gré des humeurs, des jours, de l'heure. Pour cela
je ne dis pas tout afin que l'imagination d'autrui soit
sollicitée, que son regard soit actif devant ma peinture. J'ai
envie que le spectateur, en conservant une part de création,
laisse lui aussi voguer son imagination… que le tableau continue
de vivre.
Mon envie d'ouverture a pris de plus en plus d'importance et m'a menée vers d'autres expériences.
En 1997, j'ai pu partager mon approche avec une centaine
d'élèves pendant les trois années
d'existence de l'Atelier BVC.
J'ai voulu que chacun expérimente le plaisir de " dire "
à travers la peinture, la liberté de
créer et la joie de " se trouver ". Je me suis
remémoré les conseils de Rilke : " aller en
soi-même écouter chaque impression, chaque germe
de sentiment mûrir en soi, dans l'obscur, l'inconscient : ces
régions fermées à l'entendement. ".
L'objectif de l'Atelier était d'apprendre à
écouter son émotion, oser l'exprimer et s'en
donner les moyens.
Pour faciliter ce cheminement au fond de soi, l'Atelier prenait appui
sur la musique, la relaxation, l'examen d'œuvres d'art,
l'observation de ce qui nous entoure.
Peu à peu les élèves ont, à
l'exemple de Malraux, tenté à travers la peinture
de " rendre apparente la réalité
intérieure ".
Mon départ de Paris pour La Rochelle, m'a conduite
à fermer l'Atelier.
J'ai eu l'occasion d'expliquer les grandes lignes de ma technique en
participant à un livre publié par les Editions Fleurus "
La Peinture au couteau" et lors d'un reportage d'Arts Actualités Magazine.
Naturellement, l'envie m'est venue d'intensifier la connivence avec mes
acheteurs. Pourquoi ne pas mettre le collectionneur au cœur
de l'ouvrage ?
Sur place nous étudions et choisissons ensemble,
l'emplacement du tableau, son format, sa palette, son thème.
Ainsi, je peints pour un lieu donné, pour une
personnalité donnée. Le collectionneur est
à l'origine du tableau autant que moi, mais je reste
maître de l'œuvre.
Le résultat est un vrai partage.